Monsieur le Président,
Je viens de recevoir de votre part et au nom de l'Association Culturelle des Musulmans de
Vigneux, un message m'indiquant que vous ne souhaitez pas que je participe à l'inauguration de la mosquée de Vigneux. Je voudrais très simplement vous faire part de mon sentiment à la lecture de votre message.
Je pense sincèrement que vous avez été mal informé sur le sens de ma démarche. En début de semaine dernière, plusieurs vigneusiens m'ont fait part de leur indignation de découvrir dans notre ville l'existence d'un tournoi de basket féminin organisé par votre association et dont l'invitation précisait «Entrée du gymnase réservée aux femmes exclusivement».
Cette indignation n'a rien à voir avec des intentions racistes ou xenophes avec lesquelles on essaie de me salir, comme s'y est employé un petit groupe d'individus se réclamant « des musulmans de Vigneux » au conseil municipal du lundi 23 juin.
D'ailleurs de nombreux musulmans m'ont remercié d'être intervenu et m'ont félicité de ma démarche visant à préserver notre cadre de vie commun.
Au contraire, c'est de savoir que la municipalité de Vigneux, en prêtant une salle, encourageait une activité discriminante entre les hommes/femmes qui m'a profondément choqué. D'ailleurs le maire semble partager mon appréciation sur le caractère discriminant de l'initiative puisqu'il a décidé, in fine, et seulement après que la presse s'en soit inquiétée, de ne pas cautionner l'organisation de cette manifestation.
Cet incident aurait pu nous servir à nous interroger collectivement sur la façon dont nous mettons en oeuvre à Vigneux le principe de laïcité, sur notre capacité à construire la cohésion des habitants autour d'un projet de développement pour mieux vivre ensemble. Au lieu de cela, le maire a fait le choix de la manipulation politique. C'est dommage, c'est sans doute ce qui fait hélas trop souvent désespérer nos concitoyens de la chose publique.
Mais je trouve vraiment triste qu'une association comme la votre rentre dans ce débat «politicien», au moment même, où elle va inaugurer un lieu qui permettra aux musulmans de se rassembler pour mieux vivre leur spiritualité, dans la dignité.
Je souhaite sincèrement que la mosquée de Vigneux offre au aux vigneusiens musulmans un lieu où se forgera une inspiration généreuse.
A titre personnel, je suis athée et en tant qu'homme je respecte l'Islam. C'est la 2ème religion de France. L'islam des lumières a permis le développement des sciences et des philosophies. Il a créé une civilisation qui a forgé une communauté universelle depuis 14 siècles.
En tant qu'élu de la République je suis attaché à la laïcité qui protège également les religions de l'intervention publique dans ce qui constitue un choix individuel, une liberté essentielle pour chaque individu : croire ou ne pas croire et pratiquer librement. La laïcité est un principe d'union du peuple, la République n'est pas une juxtaposition, une mosaïque de communautés, elle nous représente tous et pas uniquement certains, et il est clair que le choix d'une option spirituelle ne doit pas conduire à une inégalité de traitement.
En tant que militant politique de gauche, je sais aussi que les musulmans, parce que l'histoire de l'immigration et de la crise économique sont des réalités, sont souvent les premiers touchés par l'aggravation des inégalités qui creuse un fossé entre les quartiers populaires et le reste du pays. Je sais que le principe d'égalité des chances n'est pas suffisamment respecté. Je me bats pour répondre à cette exigence de justice lorsque en tant que conseil général je m'engage pour augmenter les moyens des collèges, encourager les jeunes à poursuivre des études qualifiantes, mobiliser des fonds pour la rénovation urbaine des quartiers, encourager les actions de solidarité...
Si vous le souhaitez je prolongerai cet échange avec les membres de votre association.
Aussi, je vous invite à reconsidérer votre décision et si non je vous demande de bien vouloir diffuser ce message à l'ensemble des personnes invitées à l'inauguration.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations républicaines.
Patrice FINEL