Pour nous, les discussions de nos camarades allemands prennent une résonance particulière. L’an prochain se tiendront les élections générales en Allemagne. Même chose en Grande Bretagne. Au vu des élections locales désastreuses qu’il a subies ce mois-ci, le moins que l’on puisse dire est que le Labour britannique n’est pas très bien parti… Si les Britanniques étaient battus et si les Allemands connaissaient le même sort, tous les principaux pays de l’Union Européenne seraient dirigés par la droite (à l’unique exception de l’Espagne). Et si seuls les Anglais s’en sortaient, la lamentable politique des blairistes au pouvoir continueraient sans doute à susciter plus souvent la consternation qu’autre chose. Après la déroute de la gauche française en 2007 et le naufrage italien de 2009, la gauche européenne n’a vraiment pas besoin en 2009 d’une nouvelle défaite en Allemagne, premier pays de l’Union.
Or la gauche allemande ne peut pas gagner sans Die Linke. Déjà à l’élection dernière, la percée de Die Linke avait permis à la gauche de redevenir majoritaire en Allemagne après une succession ininterrompue de défaites aux élections régionales dans 13 Länder. Certes pour réaliser l’union des gauches dans le gouvernement, les sociaux-démocrates du SPD auraient du renoncer à certaines de leurs réformes, notamment les lois Hartz IV qui ont réduit drastiquement l’indemnisation des chômeurs. Hélas, on connaît l’histoire. Le SPD a préféré poursuivre sa politique en écartant toute alliance à gauche et en choisissant à l’inverse de gouverner avec la droite sous la direction d’Angela Merkel. Or la montée en puissance de Die Linke pourrait contraindre le SPD à rompre cette stratégie mortifère. Et l’année 2009 pourrait être celle du retour de la gauche allemande, ce qui serait la première bonne nouvelle depuis longtemps pour la gauche européenne.
Les deux co-présidents Oskar Lafontaine et Lothar Bissky, dans leurs discours d’ouverture, situent d’ailleurs d’emblée ce Congrès dans un contexte mondial et européen. Lafontaine énumère : la gauche écrasée en Italie, la gauche battue en France… Il en conclut que « la gauche européenne a besoin d’un nouveau profil ». Dès lors « notre responsabilité n’est pas nationale mais européenne » souligne-t-il.
Cette entrée en matière soulève l’enthousiasme de la salle. On voit beaucoup de jeunes délégués,
dont certains sont sans doute des nouveaux adhérents qui n’ont connu ni le PDS ni le WAASG. Impossible le plus souvent de deviner l’origine des uns et des autres. La mayonnaise a visiblement pris. Encouragé par leurs succès électoraux, les militants de Die Linke ont adhéré à l’ambition de donner « de nouvelles idées à la gauche » plutôt que de cultiver les identités du passé en crise.
Die Linke existe vraiment. C’est une force nouvelle. Elle pèse déjà dans la politique allemande. Et elle s’apprête à débattre pendant deux jours des responsabilités que cette situation lui crée.