Le 4 juin, environ dix mille paysans haïtiens ont marché pour protester contre le „cadeau empoisonné“ de semences de la compagnie américaine Monsanto Company. La manifestsation était longue de sept kilomètres, soit la distance entre Papaye et Hinche, en région rurale sur le plateau central. Elle fut organisée par de nombreux mouvements sociaux ruraux haïtiens qui proposent un modèle de développement reposant sur la souveraineté alimentaire et la souveraineté des semences plutôt que sur l'agriculture industrielle. "Longue vie aux semences de maïs locales!“ et "Les OGM et semences hybrides de Monsanto violent l'agriculture paysanne!“ sont des exemples de slogans chantés lors de la manifestation.
La polémique a débuté mi-mai lorsque le Père spiritain Jean-Yves Urfié, un Breton, chimiste de formation, qui a longtemps vécu en Haïti, a dénoncé sur Internet le don par Monsanto de "475 tonnes de semences OGM". Aux Etats-Unis, la mobilisation des altermondialistes s'est amplifiée après la publication sur le site du Huffington Post, d'un article de Ronnie Cummins, de l'association des consommateurs de produits biologiques. Il y dénonçait les "pilules empoisonnées visant à refaire d'Haïti une colonie d'esclaves, non plus de la France, mais de Monsanto et des multinationales de l'agrobusiness".
Monsanto a annoncé en mai avoir livré 60 tonnes de semences de maïs et de légumes hybrides en Haiti et plus de 400 tonnes de ces mêmes semences (pour une valeur de $4 millions) seront aussi livrées pendant l'année 2010 à 10 000 fermiers. La multinationale United Parcel Service assurera la logistique de transport, tandis que Winner, un projet de $127 millions appuyé par l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et engagé dans „l'intensification agricole“ distribuera les semences. Selon Monsanto, la décision de faire don de ces semences à Haïti aurait été prise lors du Forum économique mondial de Davos en Suisse: „Le PDG Hugh Grant et le vice président exécutif Jerry Steiner étaient présents à l'évènement et ont discuté au sujet de solutions en vue d'aider Haïti.“ Il n'est pas certain qu'aucun Haïtien ait été effectivement présent lors de ces conversations à Davos.Nombreux sont les Haïtiens qui considèrent le don de semences de Monsanto comme faisant partie d'un vaste projet stratégique d'impérialisme politique et économique américain. « Le gouvernement haïtien utilise le tremblement de terre pour vendre le pays aux multinationales, »
"Nous nous battons pour notre souveraineté alimentaire et nos semences locales. Les dons de Monsanto sont une attaque contre l'agriculture paysanne et notre biodiversité", soutient Chavannes Jean-Baptiste, le leader du MPP. Selon ce proche de Danielle Mitterrand, "Monsanto profite du tremblement de terre pour entrer sur le marché des semences en Haïti".
Par le passé, le secteur agricole d'Haïti a déjà été décimé par l'intervention des États-Unis. En 1991, Jean-Bertrand Aristide, le premier président haïtien élu démocratiquement, dut fuire Haiti suite à un coup d'état soutenu par les États-Unis. Comme condition à son retour, les États-Unis, la Banque Mondiale et le FMI ont exigé d'Aristide l'ouverture d'Haïti au libre-échange. Les tarifs douaniers sur le riz (la céréale principale haïtienne) passent alors de 35% à 3%, les fonds gouvernementaux sont détournés du développement agricole afin de payer la dette extérieure, et le riz subventionné d'Arkansas (pendant l'administration Clinton) inonde le marché haïtien. Les riziculteurs haïtiens furent décimés (12), et aujourd'hui presque tout le riz consommé en Haiti est importé. Des sacs sur lesquels on lit „US Rice“ (Riz américain) se trouvent partout dans les magasins, sur la tête des gens ou sur le dos de leurs mules.
L'introduction de Monsanto en Haïti conduira à la disparition des paysans,“ affirme Doudou Pierre Festil, membre du Mouvement paysan du congrès de Papaye et responsable du Réseau national haïtien pour la souveraineté alimentaire et la sécurité. „Si les semences de Monsanto entrent en Haïti, les semences locales disparaitront. Les semences de Monsanto créeront des problèmes de santé et d'environnement. Il faudra donc combattre ce projet jusqu'à la mort pour protéger les paysans.“
„Si le gouvernement américain voulait vraiment aider Haïti, il aiderait les Haïtiens à obtenir la souveraineté alimentaire et une agriculture durable reposant sur les semences locales et l'accès à la terre et au crédit. C'est comme ca qu'il faut aider Haïti,“ déclare Dena Hoff, paysanne productrice de différents produits biologiques au Montana et membre du comité de coordination de La Via Campesina.
La lutte contre les multinationales et l'impérialisme se poursuit partout dans la monde!
(Lire l'article du Monde et lire l'analyse de La Via Campesina du 22 juin 2010.)