Comme on pouvait le craindre la grande coalition rassemblant la droite et les sociaux-démocrates en Allemagne débouche sur la victoire électorale des conservateurs. Le SPD paie lourdement cette alliance contre nature. Il perd plus d’un tiers de ses voix et atteint son plus mauvais score depuis l’après-guerre.
Ce scrutin montre le rejet par les électeurs de la grande coalition droite-gauche (CDU/CSU-SPD) qui gouvernait le pays depuis 2005.
Une participation électorale historiquement basse. Signe d’une désaffection des électeurs, le taux de participation aux élections du 17e Bundestag a été de 72,5% contre 77,7% en 2005, qui marquait déjà un record à la baisse.
Les deux grands « Volksparteien » (partis populaires) reculent. La CDU/CSU conservatrice et le SPD de centre-gauche, qui gouvernaient ensemble depuis 2005 ont obtenu dimanche leur plus mauvais score depuis des décennies.
Angela Merkel n’a pas de raisons de pavoiser. Certes la CDU/CSU l’emporte. Mais avec un score autour de 33,5-34% elle essuie son deuxième plus mauvais score depuis la fondation de la République fédérale allemande. Ce recul est particulièrement frappant dans le Schleswig-Holstein, un Land du nord de l’Allemagne, où se déroulait parallèlement des élections régionales : la CDU du ministre-président sortant Peter Harry Carstensen y reste le premier parti en dépit de lourdes pertes qui la font reculer de 40,2% (score en 2005) à 32,7%, son pire résultat régional.
Le FDP est le principal gagnant du scrutin. Avec 14,6% et 93 sièges, la formation de Guido Westerwelle est la nouvelle alliée de Mme Merkel. C’est un parti libéral qui préconise des baisses d’impôt plus marquées que la CDU et un assouplissement des conditions de licenciement.
Le SPD obtient son pire score en 60 ans. Avec 23,1% des voix, le SPD ne devrait obtenir que 147 ou 148 sièges, soit 70 de moins que dans la chambre sortante. Depuis la fondation de la République fédérale en 1949, jamais le SPD n’avait fait moins que 28,8%. C’était en 1953. Il récolte aussi les fruits de son choix de 2005 de gouverner avec la droite conservatrice plutôt que de s’appuyer sur une majorité SPD-Verts-Die Linke. Son candidat à la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier était vice-chancelier et numéro deux de la coalition sortante, et avait le portefeuille des Affaires étrangères dans le gouvernement d’Angela Merkel.
Die Linke progresse spectaculairement. En 2005, cette nouvelle formation qui n’était alors qu’une alliance électorale avait réuni 8,7% des suffrages. C’est depuis dimanche le quatrième parti d’Allemagne, avec 12,4% des voix et 76 à 79 sièges. Il devance les Verts (10,6%) qui gagnent un peu plus de deux points. « Nous sommes désormais le parti qui fera pression pour que l’Etat social soit reconstitué », a déclaré son coprésident Oskar Lafontaine.
Face à la faillite politique de la social-démocratie, les salariés allemands sont en train d’ouvrir une autre voie. Le Parti de Gauche, qui s'est placé dès sa naissance dans les pas de Die Linke, reçoit ce vote comme un immense encouragement et une force nouvelle.
Le Portugal le confirme également.
Car même si le Parti socialiste du Premier ministre sortant José Socrates emporte la victoire, avec 36,56% des voix contre 30,37% pour ses rivaux de centre-droit. [
L’abstention explose. Le taux d’abstention avoisine les 40%, un record absolu pour des élections législatives depuis l’avènement de la démocratie au Portugal en 1974.
Le PS portugais recule fortement. il perd plus de 10%. Certes avec 96 sièges au Parlement, il obtient une large victoire face au Parti social démocrate (PSD, 29,09%, 78 sièges) qui n’est pas un parti de gauche, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire puisque c’est la formation politique du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Mais les socialistes sont loin de conserver la majorité absolue conquise en février 2005 avec 121 sièges sur 230 au parlement.
La poussée de la gauche antilibérale se confirme même si elle est de moindre ampleur qu’aux élections européennes. Elle disposera de 31 élus : 16 pour le Bloc de gauche (9,85%), 15 pour la Coalition démocratique et unitaire (CDU) des communistes et verts (7,88%).
La politique conduite par José Socrates, archétype du « socialiste moderne » si prisé des médias bien pensants a été condamnée. Il a parié sur le secteur privé comme moteur de la reprise et sur un « choc technologique », et pris sans états d’âme des mesures impopulaires : hausse de la TVA (de 19 à 21% !), réduction de la fonction publique, réforme du code du travail, allongement de l’âge de la retraite (à 66 ans !!)...
Espérons que les socialistes français sauront tirer les leçons !