L’Argentine, le pays qui a connu en 2001 une grave crise de la dette, vient de reconduire, à une très large majorité, Cristina Fernandez à la présidence du pays. Cette représentante de l’aile progressiste du péronisme obtient 53,8% des voix, suivie de loin par le socialiste Hermes Brenner (17%). Le radical Ricardo Alfonsin obtient 11% et les deux candidats issus de l’aile conservatrice du péronisme qui se sont présentés à cette élection n’obtiennent que 8% si on additionne leurs résultats. C’est donc un premier constat : l’option progressiste majoritaire et le score du candidat socialiste représentent 70% des voix.
Ce mandat est le troisième depuis 2003 pour un gouvernement qui a osé rompre avec les diktats du FMI et qui voulu assumer la confrontation avec les transnationales et les forces les plus conservatrices du pays.
Comme dans d’autres pays de la région, l’élection de ce gouvernement progressiste a suivi une période de mobilisations populaires intenses ouverte au moment de la crise de 2001, après que le FMI a essayé de durcir ses politiques imposées à un pays déjà lourdement endetté et au bord de la faillite. Ce mouvement a fait tomber le gouvernement de « centre-gauche » de Fernando de la Rua et, en 10 jours, les quatre gouvernements qui se sont succédés.
En 2003, Nestor Kirchner, issu de la gauche du Parti justicialiste (péroniste), est élu contre Carlos Menem, l’ex-président péroniste qui avait amorcé les politiques néolibérales poursuivies par Fernando de la Rua. Reprenant à son compte les exigences populaires, il a mis en oeuvre une politique de rupture avec le néolibéralisme qui l’a conduit à renégocier avec une grande détermination une dette publique qui atteignait 132 milliards de dollars, jusqu’à obtenir une décote de 75%.
Libérés du carcan imposé par le FMI, les gouvernements de Nestor Kirchner et de Cristina Fernandez se sont donnés comme priorité l’emploi, la réindustrialisation du pays et la lutte contre l’exclusion et la pauvreté. La poste, les télécommunications et les services d’eau potable ont été nationalisés sous Nestor Kirchner, le système de pensions, la compagnie
Aerolienas Argentines et une entreprise fabriquant des avions l’ont été sous la présidence de Cristina Fernandez. La fiscalité appliquée à l’agro-industrie, l’une des principales exportatrices au monde de soja et autres grains, contribue au financement des programmes sociaux et des subventions aux prix de l’énergie et des transports. Les dépenses publiques représentent aujourd’hui 25% du PIB (14% en 2003) et la pauvreté est passé de 56% de la population à 13% entre 2003 et 2010 grâce à ces programmes sociaux et à la revalorisation des salaires et des pensions. Une allocation chômage a été créée, ainsi qu’une allocation universelle attribuée en fonction du nombre d’enfants par foyer qui assistent à l’école, ce qui a permis d’y faire entrer un demi million d’enfants jusqu’ici exclus de l’enseignement. Le chômage a été réduit à 8% (20% en 2002) bien qu’une partie importante de la population travaille dans le secteur informel. Un autre élément important des politiques mises en oeuvre est l’engagement du gouvernement en faveur de la fin de l’impunité des crimes commis sous la dictature et la reconnaissance de la mémoire historique qui réhabilite les victimes de la répression.
Les défis à relever restent importants et beaucoup dépend de la mobilisation des Argentins : les inégalités et la pauvreté reculent, mais restent un enjeu pour l’avenir. La croissance reste fondée sur les exportations de matières premières renforçant une dynamique d’accaparement des terres au détriment des populations de la campagne et comporte des menaces et des risques pour l’environnement.
Malgré ces difficultés, l’Argentine peut aujourd’hui revendiquer le fait d’avoir pu « redonner sa place à la politique », face à la dictature des marchés et d’avoir été en capacité « de résister débout face à la crise », comme le déclarait Cristina Fernandez.
Lors de cette élection, elle a déclaré vouloir s’engager dans la voie de l’approfondissement des politiques d’inclusion dans « une lutte qui ne connait pas l’impartialité et où on ne peut pas vouloir être neutre ». Le choix de l’Argentine semble être encore celui de l’espoir.
La campagne a été portée par une jeunesse progressiste enthousiaste qui fête aujourd’hui sa victoire.